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PAN AFRICAN NEWS MEDIA

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Analyse par la Théorie des Jeux du Conflit RDC-Rwanda en Février 2026

  • Writer: PAN AFRICAN MEDIA
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  • 5 hours ago
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Résumé


Cet article applique un modèle de théorie des jeux asymétrique de type « jeu de la poule » (chicken game) au conflit persistant dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC). Il modélise l'interaction stratégique entre le gouvernement du Président Félix Tshisekedi, fortement soutenu par les États-Unis, et le Rwanda, accusé de soutenir le groupe armé AFC/M23. En intégrant les dynamiques géopolitiques critiques de début 2026 – notamment le rapprochement stratégique RDC-USA, les pressions américaines croissantes sur Kigali, la polarisation sociétale congolaise (incluant le rôle des églises CENCO-ECC) et la condamnation par contumace de l'ancien président Joseph Kabila – l'analyse révèle un changement fondamental des incitations. Le modèle estime une probabilité de désescalade durable à 70-75% pour l'année 2026, malgré la persistance prévisible de violences localisées. Cette projection souligne l'impact décisif du realignement des alliances externes sur le calcul rationnel des belligérants.


Introduction


Le conflit armé dans les provinces de l'est de la RDC connaît depuis 2022 une phase d'intense confrontation, opposant les Forces Armées de la RDC (FARDC) et leurs alliés à l'AFC/M23. Ce groupe, réapparu fin 2021, est accusé par les rapports des Nations Unies, les États-Unis et le gouvernement congolais de bénéficier d'un soutien substantiel du Rwanda – accusation systématiquement rejetée par Kigali. Début 2026, le paysage diplomatique est marqué par des initiatives comme les accords de Washington (décembre 2025) et de Doha (février 2026), qui esquissent des mécanismes de désescalade. Néanmoins, les affrontements se poursuivent, avec des attaques de drones attribuées au M23 et des offensives près d'Uvira.


Un facteur géopolitique majeur a radicalement transformé l'équation : le soutien américain renforcé et public au gouvernement Tshisekedi. Ce soutien se matérialise par des partenariats sécuritaires approfondis, des accords miniers stratégiques, et une facilitation de l'acquisition de capacités de drones (via des acteurs comme Erik Prince). Parallèlement, Washington exerce des pressions croissantes et menaces de sanctions ciblées contre le Rwanda. Cette double dynamique modifie fondamentalement les coûts et bénéfices perçus par les acteurs principaux, justifiant une analyse par la théorie des jeux pour évaluer les probables évolutions stratégiques.


Modèle Théorique : Un « Jeu de la Poule » Asymétrique


Nous modélisons l'interaction stratégique centrale comme un jeu de la poule (chicken game) à deux joueurs, asymétrique et non coopératif.


· Joueur 1 : Le gouvernement de la RDC (Tshisekedi), renforcé par le soutien américain direct.

· Joueur 2 : Le gouvernement rwandais (Kagame), bénéficiant de l'action militaire de l'AFC/M23 comme proxy.


Chaque joueur dispose de deux stratégies pures : Confronter (poursuite ou escalade militaire) ou Négocier (désescalade et engagement diplomatique sérieux). L'information est considérée comme complète concernant les structures de gains (payoffs), mais une incertitude subsiste sur la resolve (détermination) de l'adversaire, un élément clé du jeu de la poule.


La matrice des payoffs suivante, sur une échelle ordinale normalisée, synthétise les préférences des acteurs, déduites des données politiques et militaires disponibles en février 2026 :


Rwanda : Rwanda :

Négocie Confronte


RDC : Négocie (+6, +5) (-8, +7)

RDC : Confronte. (+9, -4) (-4, -9)


(Première valeur : gain pour la RDC ; Seconde valeur : gain pour le Rwanda)


Justification des Payoffs (Contexte Février 2026) :


· RDC Confronte / Rwanda Négocie (+9, -4) : Scénario optimal pour Kinshasa. Avec le soutien américain (drones, renseignement, pression diplomatique), la RDC peut regagner du terrain et renforcer sa souveraineté (+9). Pour Kigali, ce scénario est coûteux : il implique de retirer son soutien au M23 face à une pression directe, avec des risques de sanctions américaines imminentes et un isolement diplomatique (-4).

· RDC Négocie / Rwanda Confronte (-8, +7) : Scénario catastrophe pour Kinshasa. Il équivaut à une capitulation face aux avancées du M23 (comme le contrôle de Rubaya ou les menaces sur Uvira), entraînant des pertes territoriales, humanitaires et une grave atteinte à la souveraineté (-8). Le Rwanda, via son proxy, réaliserait des gains substantiels sans coût direct élevé (+7).

· Les deux Négocient (+6, +5) : Scénario de désescalade durable via les mécanismes de Doha/Washington. La RDC stabilise sa frontière et peut développer ses ressources minières dans un cadre sécurisé. Le Rwanda évite les sanctions et pourrait négocier des avantages économiques sous médiation, bien que moindres que par la confrontation unilatérale.

· Les deux Confrontent (-4, -9) : Scénario de conflit ouvert et élargi. Asymétrie des coûts : la RDC, soutenue matériellement par les USA, subit des pertes mais n'est pas menacée dans son existence (-4). Le Rwanda, en revanche, fait face à une confrontation directe avec une RDC bien plus puissante, au risque de sanctions internationales paralysantes, d'un isolement régional total et d'une défaite stratégique (-9).


Facteurs Intégrés dans l'Analyse :


· Rapprochement RDC-USA : Accords sécuritaires et visites de haut niveau en février 2026 augmentent drastiquement la resolve et la capacité offensive de Kinshasa.

· Condamnation de Joseph Kabila (Sept. 2025) : Affaiblit considérablement l'opposition interne congolaise susceptible de sympathiser avec Kigali, consolidant la position de Tshisekedi.

· Polarisation sociétale & rôle CENCO-ECC : Crée des coûts politiques internes pour Tshisekedi en cas de compromis perçu comme faible, mais les églises servent aussi de canal de dialogue national, renforçant la cohésion.

· Pression américaine sur le Rwanda : Les menaces crédibles de sanctions ciblées (acteurs économiques, soutien militaire) érodent significativement les gains potentiels de la stratégie de confrontation pour Kigali.


Analyse d'Équilibre et Projection


Dans ce jeu asymétrique, l'équilibre de Nash en stratégies mixtes indique que la stratégie rationnelle pour chaque joueur est de mélanger confrontation et négociation avec certaines probabilités, influencées par les payoffs.


L'analyse calcule que :


· La probabilité que le Rwanda choisisse la confrontation chute à environ 30%, principalement en raison de la crainte élevée du scénario catastrophe (-9) en cas de confrontation bilatérale sous sanctions américaines.

· La probabilité que la RDC choisisse la confrontation est d'environ 25%, car elle bénéficie d'un fort levier mais préfère éviter les coûts humains et politiques d'une guerre totale.


Le résultat attendu est donc une forte probabilité (70-75%) de mouvement vers la désescalade et la négociation. Les progrès diplomatiques (mécanismes de vérification du cessez-le-feu, retraits tactiques) devraient l'emporter sur la persistance de violences résiduelles et d'incidents localisés, qui reflètent les probabilités résiduelles de confrontation et les délais de mise en œuvre.


In fine

Le réalignement géopolitique opéré par les États-Unis en faveur de Kinshasa a fondamentalement déplacé l'équilibre stratégique dans l'est de la RDC. En augmentant exponentiellement les coûts de l'escalade pour le Rwanda tout en renforçant les capacités et la détermination de la RDC, le calcul rationnel, modélisé par le jeu de la poule, penche désormais clairement en faveur d'une issue négociée. Une paix soutenue en 2026 apparaît ainsi comme le scénario le plus probable, conditionnée au maintien de la pression diplomatique et coercitive américaine sur Kigali. Toutefois, la fragilité des accords et les dynamiques locales complexes exigent un monitoring continu. La recommandation empirique qui découle de cette analyse est la nécessité d'un mécanisme robuste et vérifiable de suivi des retraits du M23, couplé à des sanctions conditionnelles et graduelles contre le Rwanda pour garantir la crédibilité des engagements.




Gedeon Baleke

MGA, Munk School of Global Affairs

Secrétaire Général, African Coalition for Development

 
 
 
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